Cas célèbres

Frédéric Bourdin, le Caméléon

Si un seul cas célèbre devait illustrer la mythomanie telle que la recherche la définit, ce serait celui-là : des mensonges sans bénéfice, un besoin d'être quelqu'un, et une sortie.

Rédigé par l'équipe mythomanie.com  ·  Relecture clinique : en cours (voir ligne éditoriale)  ·  Mis à jour : août 2026

Un avertissement qui compte. Aucune des personnes citées ici n'a reçu, à notre connaissance, de diagnostic public de mythomanie, qui de toute façon n'existe pas officiellement. Ces cas sont étudiés parce qu'ils illustrent des mécanismes, pas parce qu'ils seraient représentatifs : la quasi-totalité des personnes concernées ne commettent ni crime ni escroquerie. Elles font du mal à leur entourage et à elles-mêmes, et c'est déjà assez.

Les faits

Frédéric Bourdin naît en 1974 près de Paris, d'une mère française et d'un père algérien qu'il ne connaît pas. Enfance ballottée entre sa mère, ses grands-parents et des foyers. Dès l'adolescence, il se fait passer pour des enfants abandonnés ou disparus, en France puis dans toute l'Europe, pour être recueilli : foyers, familles, écoles. Il revendiquera jusqu'à quarante identités (certains titres de presse ont avancé des chiffres bien plus élevés), et l'affaire la plus connue a lieu en 1997 : à 23 ans, en Espagne, il se fait passer pour Nicholas Barclay, un adolescent texan disparu trois ans plus tôt à 13 ans. Malgré sept ans d'écart, des yeux d'une autre couleur et un accent français, la famille le reconnaît et le ramène au Texas. Un enquêteur privé et le FBI le démasquent au bout de quelques mois. Il purge six ans de prison aux États-Unis.

De retour en Europe, il recommence, jusqu'en 2005. Puis il s'arrête. Il se marie en 2007, a cinq enfants, et vit depuis dans l'ouest de la France. Le documentaire The Imposter (2012) raconte l'affaire Barclay.

Pourquoi c'est de la mythomanie

  • Aucun bénéfice matériel. Bourdin n'a jamais cherché d'argent. Ce qu'il cherchait, il l'a dit lui-même : « une famille ». Un toit, de l'attention, être accueilli. C'est le mensonge « pour exister » de Dupré, dans sa forme la plus littérale.
  • Le début à l'adolescence, sur un terrain d'abandon et de carence affective : le profil que décrivent les études de cas depuis 1988.
  • La trame vraie. Bourdin était réellement un enfant perdu. Il a simplement multiplié les versions de sa propre histoire.
  • L'adhésion partielle. Dans ses interviews, il décrit le moment où il « devenait » l'enfant, sans jamais perdre de vue que c'était faux.

Pourquoi c'est le cas le plus important

Parce qu'il s'est arrêté. Pas par thérapie, à notre connaissance, mais par ce que les cliniciens observent souvent : un lien réel, durable, où il n'a plus eu besoin d'être quelqu'un d'autre. Ce que Bourdin cherchait dans chaque identité, une famille, il l'a finalement eu sous son propre nom. Ce n'est pas un conte moral, et son parcours a fait des victimes réelles : des familles d'enfants disparus à qui il a donné, puis repris, un espoir. Mais pour les personnes concernées qui lisent cette page, le message est simple : ça peut s'arrêter. Même après vingt ans. Même sans mode d'emploi.

Ce que ça dit aux proches

La famille Barclay a cru, pendant des mois, qu'un jeune homme de 23 ans aux yeux marron était leur fils de 16 ans aux yeux bleus. On a beaucoup glosé sur cette crédulité. Elle illustre autre chose : quand on veut que quelque chose soit vrai, on ne vérifie pas. C'est la mécanique de tous les proches de mythomanes, et elle n'a rien de honteux.

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