Comprendre

Mythomane, menteur, manipulateur : qui est qui ?

« Mon ex est un mythomane pervers narcissique » : on lit cette phrase partout. Elle mélange trois choses différentes, et la confusion coûte cher, parce que la bonne réaction n'est pas la même.

Rédigé par l'équipe mythomanie.com  ·  Relecture clinique : en cours (voir ligne éditoriale)  ·  Mis à jour : août 2026

Le tableau

ProfilPourquoi il mentFace à la preuveCe qu'il ressentStatut clinique
Menteur ordinaireÉviter un conflit, protéger quelqu'un, se simplifier la vieAdmet, s'excuse ou minimiseGêne passagèreAucun : c'est universel (1 à 2 mensonges par jour)
Menteur prolifiqueHabitude, facilité, avantage socialAdmet ou esquive, sans grande détressePeu de gêneAucun : environ 10 % de la population
MythomaneExister, se refaçonner, être aimé ; compulsionReconnaît, souvent avec honte, puis ment à nouveauDétresse, honte, échecs répétés pour arrêterPas de diagnostic officiel ; critères de recherche depuis 2020
Manipulateur, pervers narcissiqueDominer, contrôler, obtenir ; stratégieNie, retourne l'accusation, vous fait douter (gaslighting)Pas de culpabilité apparentePas de diagnostic « pervers narcissique » ; traits de la personnalité narcissique ou antisociale
Escroc, imposteurGagner de l'argent, un statut, un accèsFuit ou négocieCalculQuestion judiciaire, pas clinique (sauf mixte)
Personne qui confabuleNe ment pas : comble des trous de mémoireMaintient sans le savoirAucune intentionNeurologique (Korsakoff, lésions frontales)
Personne déliranteNe ment pas : est convaincueMaintient contre toute preuveConvictionPsychiatrique (trouble délirant, psychose)
Trouble factice (Münchhausen)Occuper le rôle de maladeVariable, souvent nieBesoin de soins et d'attentionDiagnostic DSM-5-TR
SimulateurObtenir un bénéfice externe (arrêt, indemnité)Abandonne quand le bénéfice disparaîtCalculPas un trouble

Mythomane ou manipulateur : la différence qui change tout

C'est la confusion la plus fréquente et la plus lourde de conséquences. Le manipulateur ment pour quelque chose : prendre le contrôle, isoler, obtenir. Ses mensonges sont ciblés, cohérents, au service d'une stratégie. Confronté, il nie, attaque, ou vous fait douter de votre mémoire (« tu inventes », « je n'ai jamais dit ça »). Il ne souffre pas de mentir.

Le mythomane ment au lieu de quelque chose : au lieu de supporter l'image qu'il a de lui. Ses mensonges sont souvent incohérents entre eux, gratuits, parfois à son propre détriment (une patiente décrite en 2022 s'est inventé une tentative de meurtre qui la dévalorisait). Confronté, il reconnaît, a honte, promet, recommence. Hart et Curtis insistent : le mensonge pathologique est souvent ego-dystonique, c'est-à-dire vécu comme étranger à soi et pénible, ce qui est l'inverse de la psychopathie.

Les deux peuvent coexister chez une même personne. Mais ce n'est pas la règle, et ce n'est pas parce que quelqu'un ment beaucoup qu'il est un pervers narcissique.

Pourquoi c'est important. Face à un manipulateur, la consigne est de se protéger, couper, documenter. Face à un mythomane, la même attitude est possible mais pas obligatoire : la personne est souvent accessible à l'aide, et la relation peut survivre si le problème est reconnu. Mal identifier, c'est soit rester sous emprise en croyant aider un malade, soit quitter quelqu'un qu'on aurait pu accompagner.

Mythomane ou escroc

« L'escroc ment pour voler, le mythomane ment pour exister. » La formule est juste, à un détail près : les cas célèbres sont souvent mixtes. Jean-Claude Romand a vécu 18 ans en faux médecin (mythomanie) et a vidé les comptes de ses proches pour financer la fiction (escroquerie). Anna Sorokin a inventé une fortune (mythomanie possible) et extorqué 275 000 dollars (escroquerie). Le droit ne s'intéresse qu'à la seconde partie. La page sur les cas célèbres démêle ces situations.

Mythomanie et troubles de la personnalité

Le mensonge est un critère diagnostique de la personnalité antisociale, et il est fréquent dans les personnalités borderline, histrionique et narcissique. Beaucoup de cliniciens en concluaient que la mythomanie n'était qu'un symptôme. Deux données récentes nuancent : dans l'étude de 2020, les menteurs pathologiques n'avaient pas plus de diagnostics psychiatriques que les autres participants ; dans l'étude sur les adolescents de 2025, le profil de mensonge pathologique était distinct du trouble des conduites et des traits antisociaux. La mythomanie peut accompagner un trouble de la personnalité. Elle peut aussi exister seule.

Mythomanie et syndrome de Münchhausen

Dupré incluait déjà dans sa définition le fait « d'imiter des états organiques anormaux ». Le trouble factice (dont le syndrome de Münchhausen est la forme sévère) consiste à fabriquer des symptômes pour occuper le rôle de malade. Le recouvrement avec la mythomanie est fréquent et documenté (JAAPL, 2020). La différence : le trouble factice est un diagnostic officiel et porte sur la maladie ; la mythomanie porte sur tout.

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