Peut-on guérir de la mythomanie ?
Oui, souvent, en partie, et à certaines conditions. Voilà la réponse honnête. Le reste de cette page explique chaque mot.
Ce que dit l'état de la science
Il n'existe à ce jour aucun essai clinique contrôlé consacré au traitement du mensonge pathologique. En 2005, Dike et ses collègues constataient que « l'efficacité de la psychothérapie n'a jamais été étudiée systématiquement ». Vingt ans plus tard, c'est toujours vrai. Ce qu'on a, c'est l'expérience des cliniciens (une enquête auprès de 295 psychothérapeutes en 2021), des cas publiés et les traitements validés pour les troubles associés.
Ce n'est pas rien. C'est la situation de beaucoup de problèmes en psychologie, et cela n'empêche pas des personnes d'aller mieux. Mais cela impose de se méfier de quiconque vend une méthode « prouvée ».
Ce qui marche, selon les thérapeutes
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
La plus citée par les 295 thérapeutes interrogés. Le principe : repérer les pensées qui précèdent le mensonge (« si je dis la vérité, il va me trouver nul »), les examiner, les remplacer, et s'entraîner à des réponses honnêtes en commençant par les situations sans enjeu. On travaille aussi sur ce que le mensonge protège : l'estime de soi, la peur du rejet.
L'entraînement à l'inversion d'habitude
Issu du traitement des tics et des comportements répétitifs, recommandé par Curtis pour le mensonge compulsif. Trois étapes : prendre conscience du moment où l'envie monte (tenir un journal), identifier les situations à risque, installer un comportement de remplacement incompatible (respirer, dire « attends, je réfléchis », poser une question). Particulièrement adapté quand le mensonge ressemble à une impulsion, ce que suggère l'étude de 2025 sur les fonctions exécutives.
La thérapie comportementale dialectique (TCD)
Quand l'instabilité émotionnelle est au premier plan, notamment en cas de traits borderline. Régulation des émotions, tolérance à la détresse, compétences relationnelles.
Les thérapies relationnelles : couple, famille, groupe
Le mensonge se joue à deux. Une thérapie de couple ou familiale permet de réorganiser les réactions de l'entourage : cesser de nourrir les récits, valoriser l'honnêteté même quand elle est inconfortable, poser des limites sans confrontation. Un cas français de prise en charge familiale d'un adolescent a été publié en 2014. Condition absolue : que la personne reconnaisse le problème. Une thérapie de couple imposée à quelqu'un qui nie tout ne fonctionne pas.
Les approches psychodynamiques et la thérapie des schémas
Pas de données spécifiques. Elles sont pertinentes pour travailler le terrain de personnalité et l'histoire qui a rendu le mensonge nécessaire, en complément ou en seconde phase.
Ce qui ne marche pas
- Les médicaments. Aucun n'a fait la preuve d'un effet sur le mensonge pathologique. La fluoxétine et le lithium ont été essayés sans résultat probant. Un antidépresseur peut être utile pour une dépression associée, c'est tout.
- « Arrête de mentir. » La volonté seule ne défait pas une habitude installée depuis l'adolescence. Les personnes concernées ont déjà essayé, plusieurs fois.
- La confrontation agressive. StatPearls (2024) note qu'elle augmente les symptômes. Le mensonge est une défense ; attaquer renforce la défense.
- Le conjoint détective. Surveiller, fouiller, confronter preuve en main : ça épuise le proche et ça traque la personne sans la soigner.
- Les méthodes miracles. Hypnose en une séance, « rééducation » neuro-visuelle, programmes en ligne qui promettent la fin du mensonge en 30 jours : rien de tout cela n'a de fondement.
Le pronostic
Sans soins, le trouble est chronique : début vers 16 ans, demande d'aide cinq ans ou plus après, et une vie entière pour certains. Avec soins, les cliniciens rapportent des améliorations réelles, et quelques trajectoires spectaculaires : Frédéric Bourdin a cessé en 2005 et vit depuis une vie ordinaire. Deux facteurs pèsent plus que les autres : la motivation de la personne, et la durée de la relation thérapeutique. Deux obstacles reviennent : le mensonge au thérapeute (le dire d'emblée aide), et le déni.
Une cible réaliste n'est pas « ne plus jamais mentir ». C'est : ne plus être gouverné par le mensonge, le repérer quand il vient, le rattraper, et avoir des relations où la vérité est possible. Beaucoup y arrivent.
Pour commencer. Qui consulter, où et à quel prix, pays par pays. Et si vous êtes la personne concernée, le parcours « Je mens » vous donne les premières étapes pour cette semaine.
Pour aller plus loin
Sources
- Dike C. C., Baranoski M., Griffith E. E. (2005). Pathological Lying Revisited. Journal of the American Academy of Psychiatry and the Law.
- Curtis D. A., Hart C. L. (2021). Pathological Lying: Psychotherapists' Experiences and Ability to Diagnose. American Journal of Psychotherapy.
- StatPearls (2024). Pseudologia Fantastica. NCBI Bookshelf.
- Hart C. L. (2023). Can Pathological Liars Be Cured? Psychology Today.
- Curtis D. A. (2023). Help! I Am a Pathological Liar. Psychology Today.
- Thérapie familiale (2014). Prise en charge familiale d'un adolescent mythomane. ScienceDirect.
- Curtis D. A., Hart C. L., Talwar V. (2025). Executive Functioning and Pathological Lying in Adolescence. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment.