Comment reconnaître un mythomane
Les listes de « 10 signes » pullulent. La plupart décrivent n'importe quel menteur. Voici ce qui distingue vraiment le mensonge pathologique, et ce qui ne prouve rien.
Les signes qui distinguent
1. Le mensonge sans bénéfice
C'est le critère historique, depuis Healy en 1915 : une « falsification entièrement disproportionnée à tout but discernable ». La personne ment sur le film qu'elle a vu, sur ce qu'elle a mangé, sur un trajet. Rien à gagner, rien à cacher. Le mensonge n'est pas un outil, c'est un réflexe.
2. La fréquence
Environ 10 mensonges par jour en moyenne dans l'étude de 2020, contre 3 chez les autres participants ; 60 % des personnes concernées en déclarent cinq ou plus chaque jour. Vous ne les comptez pas, mais vous les sentez : chaque conversation contient quelque chose qui ne colle pas.
3. Les récits qui s'emboîtent
Un mensonge en appelle un autre pour tenir le premier. Au fil des mois, la personne construit une biographie parallèle : un diplôme, une maladie, un passé militaire, une relation avec une personnalité. Les récits sont bâtis sur une trame vraie (King et Ford, 1988), ce qui les rend crédibles longtemps.
4. L'auto-valorisation ou la victimisation
Les thèmes reviennent : être plus (héros, expert, riche, aimé) ou avoir plus souffert (maladie, deuil, agression). Le but n'est pas matériel, il est identitaire. Tania Head n'a jamais gagné un dollar en se faisant passer pour une survivante du 11 septembre ; elle a gagné une place.
5. La réaction à la confrontation
Mis devant la preuve, le mythomane reconnaît en général le mensonge, souvent avec honte, puis en produit un autre pour expliquer le premier. C'est ce qui le distingue du délirant (qui maintient sa conviction) et du manipulateur (qui retourne l'accusation).
6. La durée et le retentissement
Plus de six mois, et des conséquences : relations perdues, emplois quittés, dettes, ennuis judiciaires. Dans l'étude de 2020, les relations sont le domaine le plus atteint, puis les finances, le travail et la justice.
7. La souffrance
Le signe le moins visible et le plus important. Les personnes concernées rapportent une détresse nettement supérieure aux autres menteurs. Beaucoup ont déjà essayé d'arrêter. Beaucoup mentent aussi à leur thérapeute, et le savent.
Les faux signes
Aucun de ces éléments, seul ou combiné, ne permet de conclure à une mythomanie.
- Le regard fuyant, les mains qui bougent, la voix qui change. La recherche sur la détection du mensonge (Ekman, Levine) est formelle : il n'existe pas de signe comportemental fiable du mensonge. Les humains détectent le mensonge à peine mieux que le hasard.
- Un gros mensonge. Une double vie découverte, une infidélité cachée dix ans, un diplôme inventé sur un CV : c'est grave, mais c'est un mensonge stratégique, avec un but. Ce n'est pas une mythomanie.
- L'exagération. Embellir une anecdote, arrondir un chiffre, c'est de la conversation ordinaire.
- Le mensonge chez l'enfant. Inventer fait partie du développement normal entre 3 et 8 ans. La page enfant et adolescent dit ce qui doit alerter.
- Le fait qu'il « croie » à ses mensonges. Ce n'est pas un critère : l'adhésion partielle au récit est fréquente, mais le mythomane sait, au fond, que c'est faux.
Les signes chez vous, si vous êtes le proche
Paradoxalement, les signes les plus fiables sont parfois ceux que vous observez sur vous-même : vous vérifiez ce qu'on vous dit, vous recoupez avec d'autres personnes, vous doutez de votre mémoire, vous défendez des récits que vous n'avez pas vérifiés, vous avez honte d'y avoir cru. Le test « mon proche » inclut ces questions pour cette raison.
Ce que ça ne dit pas
Reconnaître les signes ne dit ni pourquoi la personne ment, ni ce qu'il faut faire, ni si elle est dangereuse. La grande majorité des personnes concernées ne font de mal qu'à elles-mêmes et à la confiance de leurs proches. Les cas criminels célèbres sont des exceptions, et souvent des cas mixtes entre mythomanie et escroquerie.
Pour aller plus loin
Sources
- Curtis D. A., Hart C. L. (2020). Pathological Lying: Theoretical and Empirical Support for a Diagnostic Entity. Psychiatric Research and Clinical Practice.
- King B. H., Ford C. V. (1988). Pseudologia fantastica. Acta Psychiatrica Scandinavica.
- StatPearls (2024). Pseudologia Fantastica. NCBI Bookshelf.
- Serota K. B., Levine T. R., Boster F. J. (2010). The Prevalence of Lying in America. Human Communication Research.
- Curtis D. A., Hart C. L. (2022). Pathological Lying: Theory, Research, and Practice. American Psychological Association.