Les cas célèbres, et ce qu'ils disent vraiment
Romand, Bourdin, Tania Head, Anna Sorokin, George Santos. On les cite partout comme « mythomanes ». Certains le sont sans doute. D'autres sont surtout des escrocs. Démêler les deux est la meilleure leçon qu'on puisse tirer de ces histoires.
Un avertissement qui compte. Aucune des personnes citées ici n'a reçu, à notre connaissance, de diagnostic public de mythomanie, qui de toute façon n'existe pas officiellement. Ces cas sont étudiés parce qu'ils illustrent des mécanismes, pas parce qu'ils seraient représentatifs : la quasi-totalité des personnes concernées ne commettent ni crime ni escroquerie. Elles font du mal à leur entourage et à elles-mêmes, et c'est déjà assez.
Pourquoi ces cas fascinent
Parce qu'ils poussent à l'extrême une chose que tout le monde connaît un peu : la tentation d'être quelqu'un d'autre. Et parce qu'ils posent la question que les proches de mythomanes se posent tous les jours : comment a-t-on pu y croire si longtemps ? La réponse est la même dans chaque cas. Les récits étaient bâtis sur du vrai, la personne y mettait une énergie totale, et l'entourage n'avait aucune raison de vérifier. Personne ne détecte un mythomane à l'œil nu.
Les cinq cas
Jean-Claude Romand
Dix-huit ans de fausse carrière de médecin à l'OMS, puis le meurtre de sa famille en 1993 quand la fiction s'effondre. Le cas le plus étudié en France, le plus extrême, et le moins représentatif.
Frédéric Bourdin
« Le Caméléon » : des dizaines d'identités d'enfants disparus, dont celle d'un adolescent texan en 1997. Sans gain d'argent. Arrêté en 2005, il vit depuis une vie ordinaire. Le cas le plus proche de la mythomanie pure, et le plus porteur d'espoir.
Tania Head
Présidente du réseau des survivants du World Trade Center, qui n'était pas à New York le 11 septembre 2001. Pas un dollar gagné. Démasquée par le New York Times en 2007.
Anna Sorokin, dite Delvey
Fausse héritière allemande dans le New York des années 2010, 275 000 dollars extorqués. Mythomanie, escroquerie, ou les deux ? La série Netflix a brouillé la réponse.
George Santos
Élu au Congrès américain en 2022 avec un CV entièrement inventé, exclu en 2023, condamné en 2025. Le cas qui a relancé le débat sur un diagnostic officiel.
Ce que ces cas ont en commun
- Un début discret et un point de non-retour : un examen raté non avoué (Romand), un premier faux nom (Bourdin), une première conversation où on se laisse prendre pour quelqu'un d'autre (Head). Ensuite, chaque jour de vérité coûte plus cher que la veille.
- Une trame vraie : Romand avait fait des études de médecine, Sorokin fréquentait vraiment le milieu qu'elle décrivait, Santos avait vraiment travaillé dans la finance, à un niveau modeste.
- Un entourage qui ne vérifie pas, parce qu'on ne vérifie pas ceux qu'on aime ou qu'on admire.
- Une fin par effondrement, rarement par aveu.
Ce qui les sépare
La question du bénéfice. Tania Head et Frédéric Bourdin n'ont rien gagné d'autre qu'une place : c'est la mythomanie au sens de Dupré, le mensonge « pour exister ». Anna Sorokin et George Santos ont extorqué de l'argent : le mensonge avait un but, même s'il s'est emballé. Romand est entre les deux : une fiction identitaire, financée par l'argent des proches. La justice ne s'intéresse qu'aux bénéfices. La clinique s'intéresse au reste.
Pour aller plus loin
Sources
- Dike C. C., Baranoski M., Griffith E. E. (2005). Pathological Lying Revisited. Journal of the American Academy of Psychiatry and the Law.
- Curtis D. A., Hart C. L. (2022). Pathological Lying: Theory, Research, and Practice. American Psychological Association.
- CNN (2023). Is pathological lying a mental disorder? Experts push for diagnosis.