Comprendre

Qu'est-ce que la mythomanie ?

Un mot de 1905, un trouble que la psychiatrie n'a jamais tout à fait rangé dans ses classifications, et une réalité que des millions de personnes vivent de l'intérieur ou de l'extérieur.

Rédigé par l'équipe mythomanie.com  ·  Relecture clinique : en cours (voir ligne éditoriale)  ·  Mis à jour : août 2026

La définition courte

La mythomanie, ou mensonge pathologique, est une tendance persistante et souvent compulsive à mentir, à inventer des récits et à déformer la réalité, sans que ces mensonges servent un but clair. La personne ment là où dire la vérité ne lui coûterait rien. Les récits sont élaborés, parfois grandioses, construits sur une trame de vérité, et se prolongent pendant des années. La personne, contrairement au délirant, reconnaît en général le mensonge quand on la confronte.

Les critères proposés par la recherche (Curtis et Hart, 2020). Un schéma de mensonge excessif, persistant et envahissant, qui dure depuis plus de six mois, entraîne une altération significative du fonctionnement (relations, travail, finances, justice), cause une détresse marquée, ou fait courir un risque à la personne ou à autrui. Ces critères ne sont pas officiels. Ils sont ce que la recherche a de plus précis.

Ce que la mythomanie n'est pas

Tout le monde ment. Une enquête sur 1 000 adultes américains comptait en moyenne 1,65 mensonge par jour, avec une répartition très inégale : 60 % des gens n'en déclaraient aucun sur 24 heures, et 5 % des participants produisaient près de la moitié du total. Il existe donc des menteurs « prolifiques » (environ 10 % de la population britannique dans une étude de 2015) qui ne sont pas pour autant mythomanes.

La différence tient à trois choses : la compulsion (le mensonge échappe à la décision), le retentissement (il abîme la vie de la personne) et la souffrance (la personne en souffre, souvent en silence). Un menteur prolifique ment beaucoup et s'en accommode. Un mythomane ment beaucoup et ne s'en sort pas.

La mythomanie n'est pas non plus la manipulation, ni la perversion narcissique, ni l'escroquerie. Ces confusions sont si fréquentes qu'elles ont une page entière.

Les chiffres

La seule estimation de prévalence disponible vient d'une étude en ligne de 2020 sur 623 participants : 8 à 13 % d'entre eux répondaient aux critères ou se reconnaissaient comme menteurs pathologiques. L'échantillon était auto-sélectionné, jeune (22 ans en moyenne) et majoritairement féminin : ce n'est pas une prévalence en population générale, et il n'en existe aucune à ce jour. Ce que l'étude montre de plus solide, c'est le contraste : les personnes concernées déclarent environ 10 mensonges par jour (médiane 7), contre 3 chez les autres, et un niveau de détresse nettement plus élevé.

Le début se situe à l'adolescence dans la grande majorité des cas (62 % entre 10 et 20 ans ; âge moyen des premiers signes 16 ans dans les 72 cas historiques compilés en 1988). Les hommes et les femmes sont concernés à parts égales. Le délai avant la première demande d'aide est de cinq ans ou plus.

Un trouble sans diagnostic officiel

La mythomanie ne figure ni dans le DSM-5-TR (le manuel américain) ni dans la CIM-11 (la classification de l'OMS). Le mensonge y apparaît seulement comme symptôme : de la personnalité antisociale, du trouble factice, et comme l'un des 20 items de l'échelle de psychopathie de Hare. Concrètement, cela signifie qu'un psychiatre ne peut pas « diagnostiquer une mythomanie » au sens strict, et que les assurances, les tribunaux et la recherche manquent d'un cadre commun.

Depuis 2020, deux psychologues américains, Drew Curtis et Christian Hart, plaident pour en faire une entité diagnostique à part entière. Ils ont publié les critères ci-dessus, un questionnaire (le Pathological Lying Inventory), un livre de référence à l'American Psychological Association en 2022, et annoncé en 2023 préparer le dossier formel. Le débat est ouvert : certains cliniciens estiment que le mensonge pathologique est toujours le symptôme d'autre chose ; les données de 2020 et 2025 suggèrent au contraire qu'il peut exister seul.

D'où vient le mot

Le psychiatre allemand Anton Delbrück décrit en 1891 la pseudologia phantastica : des récits inventés, élaborés, durables, sans bénéfice évident. En 1905, le psychiatre français Ernest Dupré forge « mythomanie » (du grec mythos, récit, et mania, folie) et la définit comme une « tendance constitutionnelle à altérer la vérité, à mentir, à imaginer des histoires et à imiter des états organiques anormaux ». Il en distingue trois formes : vaniteuse, maligne et perverse. Le mot est resté en français ; l'anglais dit plutôt pathological lying. L'histoire complète du concept.

Ce qu'on peut faire

Il n'existe ni médicament ni protocole validé par essai clinique. Il existe des thérapeutes qui accompagnent des personnes concernées, avec des approches dont les effets sont rapportés : thérapie cognitivo-comportementale en premier lieu, entraînement à l'inversion d'habitude, thérapies familiales ou de couple quand le problème est reconnu. Le pronostic dépend de la motivation et de la durée de l'accompagnement. La page sur le traitement détaille tout cela, et le parcours de soin explique qui consulter et à quel prix.

Pour les proches, le premier travail n'est pas de soigner la personne mais de retrouver ses propres repères. Le guide des proches commence par là.

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