Cas célèbres

Jean-Claude Romand

L'affaire Romand est à la mythomanie ce que les grands procès sont au droit : le cas qu'on cite, qu'on enseigne, et qui ressemble à aucun autre.

Rédigé par l'équipe mythomanie.com  ·  Relecture clinique : en cours (voir ligne éditoriale)  ·  Mis à jour : août 2026

Un avertissement qui compte. Aucune des personnes citées ici n'a reçu, à notre connaissance, de diagnostic public de mythomanie, qui de toute façon n'existe pas officiellement. Ces cas sont étudiés parce qu'ils illustrent des mécanismes, pas parce qu'ils seraient représentatifs : la quasi-totalité des personnes concernées ne commettent ni crime ni escroquerie. Elles font du mal à leur entourage et à elles-mêmes, et c'est déjà assez.

Les faits

Jean-Claude Romand, né en 1954 dans le Jura, entre en faculté de médecine à Lyon. En deuxième année, il ne se présente pas à un examen et ne le dit à personne. Pendant douze ans, il se réinscrit chaque année sans jamais valider. Il annonce ensuite être devenu médecin, puis chercheur à l'Organisation mondiale de la santé à Genève. Sa femme, ses enfants, ses parents, ses amis le croient pendant dix-huit ans.

Ses journées : il quitte la maison en voiture, lit des revues médicales sur des parkings, marche en forêt, rentre le soir. Son argent : celui de ses proches, qu'il convainc de lui confier leurs économies pour des placements en Suisse, et qu'il dépense. En janvier 1993, acculé par des demandes de remboursement et une maîtresse qui veut récupérer son argent, il tue sa femme, ses deux enfants et ses parents, puis tente de mettre le feu à sa maison et de se suicider. Il survit. Condamné en 1996 à la réclusion à perpétuité avec 22 ans de sûreté, il est libéré sous conditions en 2019.

Le mécanisme

Ce qui frappe les cliniciens, c'est le point de départ : un examen manqué, et l'impossibilité de le dire. Pas un plan. Un silence, qui devient un mensonge, qui devient une vie. Romand lui-même, dans ses entretiens avec Emmanuel Carrère, décrit moins une stratégie qu'une dérive : chaque jour, dire la vérité coûtait un peu plus cher que la veille. C'est exactement le schéma que décrivent les études sur la trajectoire du mensonge pathologique : début discret, adhésion partielle au récit, conséquences qui s'accumulent sans que la personne trouve la sortie.

Deux éléments le rapprochent de la mythomanie au sens strict : la fiction était identitaire (être médecin, être quelqu'un), et elle se maintenait là où elle ne rapportait rien (les journées entières à ne rien faire, sans témoin). Deux éléments l'en éloignent : l'argent extorqué, qui relève de l'escroquerie, et la violence finale, qui n'a rien à voir avec le mensonge.

Ce que l'affaire dit

  • Qu'un mensonge peut tenir dix-huit ans sans que personne vérifie, parce qu'on ne vérifie pas ceux qu'on aime. Les proches de Romand n'étaient pas naïfs ; ils étaient proches.
  • Que la fin du mensonge est le moment le plus dangereux. Pour Romand, ce fut la violence contre les autres ; pour la grande majorité des personnes concernées, c'est la détresse contre soi.
  • Que la honte initiale, celle de l'examen, n'a jamais été dite à personne. Tout ce qui a suivi servait à ne pas la dire.

Ce que l'affaire ne dit pas

Que les mythomanes sont dangereux. Le passage à l'acte de Romand est une exception absolue ; les experts psychiatres au procès ont discuté d'une organisation narcissique et d'une dépression, pas d'une « mythomanie meurtrière ». Citer Romand à un proche qui ment est une erreur fréquente et blessante : cela revient à comparer un alcoolique à un chauffard meurtrier.

Pour aller plus loin

L'Adversaire, d'Emmanuel Carrère (P.O.L, 2000), reste le livre de référence, écrit après une correspondance avec Romand. Deux films en sont tirés : L'Adversaire de Nicole Garcia (2002) et, plus librement, L'Emploi du temps de Laurent Cantet (2001). Le film de Cantet est peut-être le plus juste sur ce que c'est, de passer ses journées à faire semblant.

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