Après la rupture
On ne quitte pas un mythomane comme on quitte quelqu'un d'autre. On quitte à la fois une personne réelle et un personnage. Le deuil porte sur les deux.
Un deuil à deux étages
Il y a la fin de la relation, avec ce qu'elle a de banal et de déchirant. Et il y a autre chose, que les proches de mythomanes sont à peu près seuls à connaître : la découverte que le passé lui-même est à réviser. Ce voyage, était-il ce qu'il disait ? Cette promotion, ce deuil qu'on a pleuré ensemble, cette maladie ? On ne fait pas le deuil d'un souvenir qu'on n'est plus sûr d'avoir vécu. Il faut d'abord le trier.
Donnez-vous la permission de ne pas tout trier. Vous n'avez pas besoin de savoir exactement ce qui était vrai pour avancer. Certaines choses resteront dans le flou, et vous vivrez avec.
La honte d'avoir cru
C'est le sentiment le plus rapporté et le plus injuste. Vous avez cru parce que vous aimiez, parce que les récits étaient construits sur du vrai (c'est la définition même du mensonge pathologique depuis 1988), et parce que les humains détectent le mensonge à peine mieux que le hasard, comme quarante ans de recherche le montrent. Personne, entraîné ou non, ne détecte un mythomane à l'œil nu. Vous n'avez pas été naïf. Vous avez été normal.
La confiance, ensuite
Deux écueils symétriques. Le premier : ne plus croire personne, vérifier chaque parole du prochain partenaire, fouiller. Le second : se raconter qu'on a « appris » et qu'on ne se fera plus avoir, ce qui est faux et qui rend la prochaine déception plus dure. Entre les deux, la confiance qui se reconstruit ressemble à ça : on croit par défaut, on garde ses limites, on regarde les actes plus que les récits, et on accepte qu'on puisse être trompé à nouveau sans que ce soit sa faute.
Ce qui aide, d'après ceux qui sont passés par là
- Écrire la chronologie, une fois, pour soi. Ce qui est sûr, ce qui est probable, ce qui est inconnu. Puis la ranger.
- Reprendre contact avec les personnes qu'on avait perdues de vue pendant la relation. Beaucoup d'entre elles avaient des doutes et n'osaient pas.
- En parler à un professionnel. Pas forcément longtemps : quelques séances pour déposer ce qui ne peut se dire à personne d'autre.
- Lire des récits. Sous l'emprise d'un mythomane, d'Olivia Herbigniaux, ou L'Adversaire, de Carrère, pour l'extrême. Savoir qu'on n'est pas seul compte.
- Ne pas chercher à « comprendre pourquoi il m'a fait ça ». Il ne vous l'a pas fait. Il se l'est fait, et vous étiez là. Cette nuance ne répare rien, mais elle remet le mensonge à sa place : dans sa vie, pas dans votre valeur.
Si vous avez des enfants ensemble
La relation continue, sous une autre forme. Les mêmes règles qu'avant : l'écrit pour tout ce qui compte (garde, argent, école), les faits plutôt que les récits, et pour les enfants, une parole simple et sans dénigrement : « Ton père dit parfois des choses qui ne sont pas vraies. Ce n'est pas ta faute. Tu peux toujours me demander. » Si les mensonges touchent à la sécurité des enfants (faux rendez-vous médicaux, faux accidents), documentez et consultez un avocat.
Et lui, ou elle
Vous vous demanderez peut-être s'il va mieux, s'il a changé, s'il ment à la suivante. Vous n'avez pas à le savoir. Si un jour il revient avec un récit de guérison, regardez les actes sur six mois, pas les mots sur une soirée. Et si vous voulez comprendre ce qu'il peut traverser de son côté, le parcours « Je mens » le raconte de l'intérieur. Lisez-le seulement si ça vous aide.