Mythomanie au travail
Le travail est, après les relations, l'un des domaines les plus touchés par le mensonge pathologique. Et c'est celui où les règles sont les plus claires, parce que le droit s'en mêle.
Trois situations différentes
Le candidat ou le salarié au CV inventé
Diplôme jamais obtenu, poste jamais occupé, langue jamais parlée. C'est le cas le plus documenté, et pas toujours de la mythomanie : embellir un CV est un mensonge stratégique courant. Ce qui oriente vers un trouble : l'ampleur (une carrière entière), la gratuité (mentir sur des points sans importance pour le poste) et la persistance une fois embauché.
Le collègue qui raconte
Maladies graves, drames familiaux, relations avec la direction, exploits passés. Les récits désorganisent : on lui accorde des aménagements, on le plaint, on le craint, puis on découvre. L'équipe se divise entre ceux qui ont cru et ceux qui doutaient.
Le salarié qui couvre ses manquements
Le dossier « envoyé », le client « qui a annulé », la panne « de transport » : des excuses en chaîne, chacune plausible, dont l'accumulation finit par tenir toute la journée de travail.
Ce que l'employeur peut faire
Les règles varient selon les pays ; voici les grandes lignes en France et en Belgique. Elles ne remplacent pas un avocat ou un service RH.
- Vérifier les diplômes et références : autorisé, à condition d'en informer le candidat et de ne demander que ce qui a un lien direct et nécessaire avec le poste. En France, les diplômes officiels sont vérifiables via les services des rectorats et certains registres ; les écoles confirment en général l'obtention sur demande.
- Sanctionner un mensonge sur le CV : en France, la jurisprudence admet le licenciement, parfois pour faute grave, quand le mensonge a été déterminant dans l'embauche (un diplôme exigé pour le poste, par exemple). Un mensonge sans incidence sur les compétences réelles est moins solide. L'annulation du contrat pour dol est possible mais rare.
- Sanctionner des manquements : les excuses inventées ne sont pas en soi une faute ; les retards, dossiers non traités ou absences injustifiées qu'elles couvrent le sont. Documentez les faits, pas les récits.
- Ne pas diagnostiquer : un employeur ne peut ni qualifier un salarié de mythomane, ni exiger une prise en charge, ni fonder une décision sur un état de santé présumé. Il traite des faits professionnels. Si le salarié évoque lui-même un trouble, la médecine du travail est l'interlocuteur.
Ce que le collègue ou le manager peut faire
Ce qui aide
- Rester sur les faits vérifiables : livrables, horaires, messages écrits.
- Écrire. Un compte rendu de réunion, un mail de confirmation, une demande par écrit : le mensonge vit mal dans l'écrit.
- Ne pas nourrir les récits personnels : ni relancer, ni contester, ni transmettre.
- Alerter la hiérarchie ou les RH sur les faits professionnels, pas sur la personnalité.
- Si le collègue se confie : orienter vers la médecine du travail ou un professionnel, une fois.
Ce qui aggrave
- Mener l'enquête sur sa vie privée, chercher les preuves de ses drames inventés.
- Le démasquer publiquement ou en faire un sujet de couloir : c'est du harcèlement, quelle que soit la justesse du fond.
- Couvrir ses manquements par compassion : ils reviendront sur vous.
- Étiqueter : « le mytho du service » fige tout le monde dans un rôle.
Si c'est vous
Si vous mentez au travail de façon compulsive, deux choses. La première : le CV peut être corrigé. Beaucoup de personnes concernées racontent que le mensonge initial (un diplôme « en cours », une expérience gonflée) est devenu une cage. Un changement de poste, avec un CV vrai, est souvent un soulagement immense. La seconde : le parcours « Je mens » et le parcours de soin, qui expliquent aussi comment la médecine du travail peut vous aider sans que l'employeur en sache quoi que ce soit.
Cette page donne des repères généraux et ne constitue pas un conseil juridique. Le droit du travail varie selon le pays et la situation.