Cas célèbres

George Santos

Un élu qui avait inventé ses diplômes, ses emplois, la mort de sa mère et la religion de ses grands-parents. Et, en coulisses, deux chercheurs qui ont vu passer l'occasion de faire entrer la mythomanie dans le DSM.

Rédigé par l'équipe mythomanie.com  ·  Relecture clinique : en cours (voir ligne éditoriale)  ·  Mis à jour : août 2026

Un avertissement qui compte. Aucune des personnes citées ici n'a reçu, à notre connaissance, de diagnostic public de mythomanie, qui de toute façon n'existe pas officiellement. Ces cas sont étudiés parce qu'ils illustrent des mécanismes, pas parce qu'ils seraient représentatifs : la quasi-totalité des personnes concernées ne commettent ni crime ni escroquerie. Elles font du mal à leur entourage et à elles-mêmes, et c'est déjà assez.

Les faits

George Santos est élu représentant de l'État de New York en novembre 2022. Dans les semaines qui suivent, la presse établit que presque tout son CV est faux : pas de diplôme du Baruch College, pas de poste chez Goldman Sachs ni Citigroup, pas de grands-parents juifs ayant fui l'Holocauste, pas de mère morte dans les attentats du 11 septembre. S'ajoutent des faits plus graves : des dons de campagne détournés, l'utilisation de cartes de crédit de donateurs, et 3 000 dollars collectés pour l'opération d'un chien de vétéran, jamais reversés.

Exclu de la Chambre des représentants en décembre 2023, à une majorité rarement atteinte, il plaide coupable en 2024 de fraude électronique et d'usurpation d'identité aggravée, est condamné en avril 2025 à 87 mois de prison et 373 750 dollars de restitution. Le ministère de la Justice l'a qualifié de « menteur pathologique et fraudeur ». Sa peine a été commuée par le président Trump fin 2025.

Mythomanie, escroquerie, ou politique

Trois lectures coexistent. L'escroquerie est établie par la justice. La lecture politique (un homme qui a dit ce qu'il fallait pour être élu) explique une partie des mensonges, pas leur gratuité : inventer une mère morte le 11 septembre ou une carrière de volleyeur universitaire n'apporte rien à une campagne. C'est cette gratuité, cette accumulation de récits sans bénéfice, qui a fait dire à beaucoup de cliniciens que Santos présentait le profil du mensonge pathologique. Sans évaluation, c'est une hypothèse.

Pourquoi ce cas compte pour la recherche

En février 2023, CNN consacre un long article à la question « le mensonge pathologique est-il un trouble mental ? », à partir du cas Santos, et donne la parole à Drew Curtis et Christian Hart. Curtis y annonce préparer le dossier formel pour proposer le mensonge pathologique comme entité diagnostique du DSM. Le cas a fait ce que vingt ans d'articles scientifiques n'avaient pas fait : porter la question devant le grand public et les responsables de l'Association américaine de psychiatrie.

L'enjeu dépasse Santos. Sans diagnostic, pas d'essais cliniques financés, pas de prise en charge reconnue par les assurances, pas de formation des thérapeutes, et une zone grise permanente dans les tribunaux : un menteur pathologique est-il un témoin fiable ? Est-il responsable de ses actes ? La revue de Dike en 2005 posait déjà ces questions. Santos les a rendues visibles.

Ce que le cas dit aux proches

Que le mensonge pathologique ne s'arrête pas devant la taille du risque. Santos a menti là où la vérification était certaine, devant des journalistes, sous serment. Un proche de mythomane reconnaît ce trait : le mensonge n'est pas calculé en fonction du risque d'être pris. Il est produit parce qu'il est produit. C'est pour cela que la menace (« si je découvre que tu mens encore... ») ne fonctionne pas. Le mythomane sait déjà qu'il sera découvert. Il ment quand même.

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